La Terre Tremble !!! + Powerdove - Le Bazarnaom


Soirée concert de fou au Bazarnaom, plateau immanquable!

LA TERRE TREMBLE !!! (psych/pop)

Cela fait maintenant dix ans que le trio La Terre Tremble !!! redéfinit à chaque nouvel album ses propres frontières, sa tectonique musicale intime, poursuivant sa quête obsessionnelle d’une musique chimérique et fourmillante de détails, illusionniste et délicatement chaotique, aussi évidente et mélodieuse que savante et sophistiquée. A défaut de pouvoir « arrêter le monde », les trois voyous expérimentateurs tendent toujours vers un particularisme un peu difforme et hors du temps, prenant le genre musical comme un cadre à transcender, et le son – qu’il soit électrique, acoustique ou électronique – comme matière première de constructions aurales précises, précieuses, aussi entêtantes qu’insidieuses. Leur nouveau disque s’appelle ’Fauxbourdon’, et qui sait, il vous faudra peutêtre autant de temps pour l’apprivoiser qu’il leur en aura fallu pour l’enfanter.

Formé en 2005 par trois rennais-clermontois multiinstrumentistes bricoleurs – Julien Chevalier, Benoît Lauby et Paul Loiseau – La TT !!! s’est fait connaître lors de la sortie de ‘Travail’ en 2009, puis de ’Salvage Blues’ en 2012, drôle d’album un peu tragique et extatique duquel débordait un blues martial et extra-terreste, psychédélique… sans en être vraiment. De fait, on a pu parler d’eux à l’époque comme d’un groupe – au choix – progressif, expérimental, labyrinthique, post-punk, folk-rock, électronique, industriel, krautrock, math-rock, new wave… autant d’étiquettes manifestant un certain vertige à l’idée de vouloir cerner leur musique, alors qu’eux ne visent probablement qu’à un carambolage entre une musique « pop » et une autre plus « savante. ». Sur scène, le groupe s’est par contre fait plus brut, doté d’une batterie-de-fortune maltraitée par un chanteur plié en quatre, deux guitares folles et un tas de bordel électronique. Après quoi ils ont passé trois années à sillonner les routes avec l’impressionnant ciné-concert «Tom & Jerry» ayant pour toile de fond d’obscurs cartoons à la saveur surréaliste des années 30, et au sein duquel ils ont troqué leur show électrique et frontal contre une instrumentation plus électronique et acoustique.

Aujourd’hui donc arrive ce ‘Fauxbourdon’, soit un recueil de dix chansons à la fois douces et menaçantes, étrangement inquiétantes ou délicatement anxiogènes, scrutant l’ébullition d’une vie « s’écoulant en un mouvement toujours à la limite de l’explosion ». C’est d’ailleurs plutôt chez les Bodysnatchers de Don Siegel, mais aussi chez Friedkin, Peckinpah, Frankenheimer et Aldrich qu’il faut chercher les premières inspirations du groupe lors de la composition de ces chansons. Ce « faux bourdon » auquel ils font référence y évoque moins la basse continue en musique qu’un mystérieux bruit de fond englobant l’existence, une sourde rumeur inaudible à l’oreille nue, un fog invisible mais « toujours présent », comme un faubourg (pour jouer sur les mots) rêvé par John Carpenter, ou la rémanence sonore d’une explosion passée.

C’est certainement l’album de La TT!!! le plus étrange, déroulant un songwriting alien, un peu freaky , aussi gracieux que grinçant. Les voix s’y font plus caressantes et lointaines, les guitares y sont plus fantomatiques, faisant la part belle aux timbres synthétiques et aux rythmiques primitives pas tout-à-fait électroniques… On croirait entendre des ballades grimaçantes futuristes, du R’nB progressif, de faux soundtracks de cinéma de genre italien… Çà et là sont disséminés des clins d’œil à la synthpop japonaise de Ryuichi Sakamoto & Haruomi Hosono, aux compositions d’Ennio Morricone pour Elio Petri, à la library-music de laboratoire (façon BBC Workshop, White Noise, John Baker, ou l’Aphex Twin de pianos et batteries modifiées), ainsi qu’à Robert Wyatt, Syd Barrett ou Arto Lindsay. On y entend même de belles et amples harmonies vocales, mais comme venues d’une Californie privée de soleil, autarcique, évoquant le Brian Wilson neurasthénique de la période « Smiley Smile », les morceaux les plus bizarres de Curt Boettcher (Sagittarius, The Millenium) ou les expérimentations pop de Jim O’Rourke. On y croise enfin Ernest Bergez – aka Sourdure – propageant son tralala en Occitan le temps d’une chanson et orientalisante ravivant « l’amant parti en guerre », ainsi que Samplerman (aussi connu sous le nom d’Yvang), l’énigmatique artiste se cachant derrière le collage foldingue de la pochette.

Cultivant l’évidence mélodique autant que l’expérimentation électro-acoustique, la présence pure autant que la dérive (des continents ?) imaginale, La Terre Tremble !!! semble nous chanter : « Less is more… but more is better », plus que jamais.

LINE-UP
Julien Chevalier : guitare, synthétiseurs, chant
Benoît Lauby : guitare, basse, synthétiseurs, autoharpe, chant
Paul Loiseau : batterie, percussions, synthétiseurs, guitare, autoharpe, claviers, piano, chant

POWERDOVE (folk déraciné)

War Shapes’ est le 4ème album que signe Annie Lewandowski sous le nom de Powerdove. Cette instrumentiste formée à l’improvisation la plus savante, y écrit et chante de douces chansons inquiètes dont elle s’applique ensuite, en les soumettant à quelques perturbateurs de choix, à révéler chaque zone d’inconfort et de danger. Ainsi ses précédents disques invitaient-ils l’américain John Dieterich (Deerhoof, Gorge Trio, Colossomite) et le français Thomas Bonvalet (Cheval de Frise, L’Ocelle Mare) à organiser d’incomparables champs magnétiques au coeur même des mélodies, renouvelant de fond en comble la structure et la matière même de ce qu’on attend traditionnellement d’une pop-song.

Quelle expérience c’était alors pour l’auditeur que de s’attacher immédiatement à ces émouvants couplets dont la beauté familière ouvrait généreusement la porte à toutes les surprises, tous les débordements, tous les inouïs. C’est toujours le cas sur ce nouveau disque, enregistré au studio Chaudelande par Emmanuel Laffeach puis mixé à Liverpool par Adrian Riffo et Bonvalet lui-même. Aucun album de Powerdove n’avait cependant jusqu’ici sonné si brut, si naturaliste, si aéré. C’est que la méthode a un peu changé, les musiciens découvrant la plupart des chansons d’Annie pour la première fois au moment de les enregistrer, les arrangeant in situ, en prise directe avec l’instant, ce qui ajoute à l’ensemble une forme de spontanéité nouvelle, une liberté de jeu redoublée ainsi qu’une très féconde ambiguité instrumentale ouvrant grand l’imagination de l’auditeur qui ne sait plus qui joue quoi, ni même quel instrument il entend au juste, loin pourtant des mystères pré-fabriqués (créer de l’égarement et de la surprise avec netteté, sans le confort du flou n’est pas la moindre des qualités du groupe). Alors que la guitare de porcelaine ébréchée de Dieterich a disparu au profit des tapageuses papouilles que Chad Popple dispense aux percussions (batteries, vibraphone, glockenspiel) dans un dialogue vénéneux avec l’instrumentarium hétéroclite du toujours fidèle au front Thomas Bonvalet (banjo, concertina, petits amplis saturés, cuivres rafistolés, percus artisanales, installations diverses…), la grâce mélodique des airs que Lewandowski souffle comme des bougies par dessus ses modestes synthétiseurs semblent s’être intensifiée, précisée, le trait comme affiné. Et c’est avec un mélange de concentration extrême et d’abandon qu’on l’entend chanter ses faux haïkus tandis qu’aux alentours, un forgeron métaphysique fait rougir ses enclumes et qu’un arpenteur géomètre hyper nerveux prend les mesures à grand bruit de paysages impossibles qu’il semble seul à voir se déployer.

Ce qui est prodigieux tout au long de ‘War Shapes‘, tout tressé de miniatures enluminées, dessiné à la pointe sèche puis éclaboussé de couleurs sauvages, raturé de calligraphies psychotiques, augmenté d’aplats granuleux, c’est tous les contraires qu’il contient, harmonieusement disposés. Calme et bourrasque ne s’y succèdent pas bêtement mais se mêlent et s’entrelacent pour se résoudre et se formuler d’un trait, avec la rigueur d’une équation, la justesse d’un tableau immédiatement lisible mais à jamais impossible à interpréter. Plus simplement, c’est un disque exaltant de pop étrange, à la syntaxe ultra-personnelle. Un album grondant de beautés immédiates et d’évènements perturbants, de chansons aimables, hospitalières même, bien que bercées près du mur dans un contexte hautement tourmenté. ‘War Shapes‘ est un rebondissement de plus dans les aventures toujours plus passionnantes de musiciens-poètes pour qui la musique consiste en l’exploration d’un monde autant qu’en la transmission d’émotions toutes neuves.



LINE-UP
Annie Lewandowski : voix, sampler, synthésiseurs
Thomas Bonvalet : metronome, cloches, banjo basse six cordes, guitare électrique, frappes de pieds et de mains, orgue à bouche, audio ducker, peau de batterie, amplis miniatures, subwoofer, microphones, noise gate, concertina, klaxon, “stringin it”, harmonica, téléphone cellulaire
Chad Popple : batterie, vibraphone, glockenspiel, percussions



Le Bazarnaom
65 rue des rosiers 14000 Caen
contact@bazarnaom.com
02.31.85.50.83



Tarif Adhérent : 8 euros

Tarif Plein : 10 euros

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